Un beau dimanche de mai…

Hommage à ma grand-mère Marie qui fit sa communion solennelle en mai 1910…

La fiancée des anges

« Lentement jusqu’à l’autel glisse sa robe blanche, le temps s’est suspendu comme pour sceller les fiançailles d’un ange. Derrière le miroir de ses rêves clair de lune, un doux regard de femme s’éveille avec la grâce diaphane d’une rose à peine éclose.

Un teint de porcelaine, une prose éclatante qui sème ses printemps, une reine fragile sans diadème, ni diamant. Telle une plume céleste portée par un souffle divin, l’enfant chérie s’échappe, vers un autre ciel, un autre destin. Elle porte en elle les promesses sages des grands jours, quand les fleurs sont belles aux premiers mois de mai et que court léger sur les lèvres le velours des mots échangés en pieux serments d’amour.

Lentement jusqu’à l’autel glissent ses yeux de miel, ses boucles emprisonnées sous les fleurs d’oranger éclairent son visage, d’une candeur solennelle. Sur des ailes azur, un voile de mystère descend de l’infini pour couronner l’enfant d’une lumière bénie et les vents amoureux déposent sur sa tête une tiare de nuages aux nacres somptueuses. »

« La fiancée des anges » écrit par Moine Corinne

*Montage photographique « effet vintage » réalisé avec archives authentiques (Chapelet début du siècle/Cachet de communion en couleur 1927)


Histoire solennelle

En France jusqu’en 1910 s’accomplissait une fois par année, vers l’âge de 12/13 ans en moyenne la première communion, cette cérémonie collective au demeurant sacrée prit alors son appellation de « solennelle ». Les prêtres Adrien Bourdoise (1583/1655) et Saint Vincent-de-Paul (1576/1660) décidèrent conjointement du caractère fastueux pour distinguer cette cérémonie exceptionnelle. Le 8 août 1910, le pape Pie X imposa le principe de première communion vers l’âge de 7/8ans « communion privée » et la cérémonie originelle se transforma en « communion solennelle ».

*L’origine religieuse de cette tradition remonterait à 1215 (Concile de Latran IV)


Processions mémorables

Les processions de communiants/tes sont sans conteste les images les plus emblématiques de ce début de siècle, une pratique religieuse disparue dans les méandres de la modernité. Rite initiatique, passage obligé marquant la fin de l’enfance… qu’importe les mots qui nous viennent à l’esprit pour qualifier cette tradition ancienne magnifiée par la solennité de ces regards d’enfants. Derrière ces portraits d’un autre temps se cachent des pleurs, des rires, des familles aimantes, des mois de sacrifices et d’organisation millimétrée pour voir aboutir le faste d’une seule journée dont le souvenir demeurera impérissable.


Catéchisme en images

Le curé occupait une position phare dans son village dont il était souvent originaire, il en connaissait parfaitement les us et coutumes. Il veillait au respect des pratiques religieuses mais aussi aux bonnes mœurs sur la voie publique !

(Les chrétiens qui désertaient les bancs de l’église pour l’auberge payaient une amende -Ain/1790-) !

Orateur hors-pair du fait de son érudition ( à partir du XVIII e siècle école secondaire puis séminaire), il intervenait dans la sphère privée de ses paroissiens, pratiquait l’exorcisme autant que l’instruction scolaire !

L’apprentissage du catéchisme se déroulait à la sacristie sous sa houlette, des cours basés sur « la mémorisation par cœur » étayés par des images fortes (ex : lithographie/planche ci-dessus), illustrant le livret de catéchisme. Ces images « approuvées au préalable par l’Église » transposaient un précepte biblique abstrait pour de jeunes enfants en exemple concret « visualisable » !

Pour forger les esprits récalcitrants et conditionner la conduite à tenir de ces adultes en devenir, quelques ecclésiastiques habités par une morale rigoriste, accompagnaient cette imagerie religieuse d’histoires de maléfices et de prodiges divins ! Par crainte de punitions certains enfants tétanisés par la peur enregistraient méthodiquement ces principes sans rechigner ! D’autres dispersés par autant de litanies se voyaient contraints à des blâmes voire même des châtiments corporels…

« Qui aime bien, châtie bien ! »

Beaucoup de ces histoires anciennes aux détours « traumatiques » sont restées muettes les parents craignant les foudres des autorités cléricales ! Pendant des décennies le manuel de catéchisme permit aussi l’apprentissage de la lecture à l’école, cette dernière étant sous le joug de l’Église jusqu’à la loi Jules Ferry (28 mars 1882 école publique obligatoire/laïque).

Pour recevoir l’eucharistie les communiants/tes demeuraient à jeun « depuis la veille », l’hostie étant par définition la seule prise d’aliment de la journée ! Vous imaginez aisément que certains « affamés » pris sous le coup des émotions se trouvèrent en fâcheuse situation ! Cette pratique religieuse « puriste » fut interdite en 1957.

“Catéchisme en images”, une pédagogie par le sensible ? (openedition.org)

Gravure authentique livre de catéchisme en images 1881 ayant appartenu à Mademoiselle Serpollet Marie

*« La religion en tableaux » de La Maison Bouasse-Lebel -Collection personnelle-


Coutumes religieuses

Après quatre longues années d’apprentissage assidu du catéchisme, les enfants passaient un examen « noté » pour obtenir un certificat d’instruction religieuse/ dés 1910*. Les résultats déterminaient la place de chacun/chacune dans le cortège processionnel et le curé veillait à la mise en pratique rigoureuse de cette hiérarchie ! Quoi de plus normal que de voir s’enorgueillir de maintes éloges révérencieuses, les parents du/de la communiant/te qui ouvrait la marche de la procession !

Au sortir de l’église, l’assemblée se requinquait autour d’une collation générale gracieusement offerte par les parents de l’enfant honoré par sa première place ! Mais à toute médaille son revers car les familles qui n’avaient guère les moyens de contribuer à cette agape collective, trouvèrent la parade en exigeant de leur enfant qu’il ne soit pas le premier, en ratant quelques questions à l’examen ! Alors effectivement un soupçon de déshonneur flânait dans l’air mais la bourse était sauve !

Parfois dans un souci d’amour-propre fort peu orthodoxe je vous le concède, les parents dont l’enfant était de petite taille, le « distinguait » par un cierge plus imposant, impossible que quiconque ne rate sa progéniture dans le cortège ! Certes ces anecdotes nous font encore sourire aujourd’hui mais elles nous démontrent combien nos anciens faisaient preuve de bienveillance sous couvert d’ingéniosité.

*Si les résultats étaient médiocres l’enfant ne faisait pas sa communion !

*Dés 1912 concours entre divers cantons et récompenses

*Les filles et les garçons étaient séparés dans le cortège

*Le mois de mai traditionnellement consacré à La Vierge Marie chez les pratiquants catholiques est encore « de nos jours » dédié aux cérémonies de baptêmes et de communions.


Tradition vestimentaire

Pour bien des familles respecter la tradition engendrait un sacrifice pécuniaire, nécessitant parfois une anticipation de plusieurs mois. La contribution des parrains/marraines permettait de pallier des achats de circonstance comme la tenue, le missel ou le chapelet.

#Tenue de la jeune fille

Dès 1830, la robe de mousseline blanche de la communiante apparait telle une réplique en tous points similaire à la robe de mariée. L’allusion à son statut de future épousée n’est absolument pas fortuite, mais bien l’image que les parents mettaient en lumière au travers de ce rituel religieux : ainsi la jeune fille faisait « symboliquement » son entrée dans le monde… Le voile parfois retenu par une couronne de fleurs en tissu, signifiait la pureté à l’image de la Sainte Vierge, mais dans certaines croyances très anciennes, il éloignait les forces occultes. L’aumônière attachée à la ceinture permettait de glisser quelques pièces pour la quête. Par tradition, la demoiselle revêtait la tenue de communiante de sa maman ou d’une sœur ainée, (je tiens cette anecdote de ma grand-mère). Mais on pouvait y voir aussi la culture de la durabilité fortement ancrée dans les mentalités paysannes.

Une tradition funéraire de l’Ain consistait à revêtir la dépouille d’une jeune fille pure, de sa robe de communiante avant son ensevelissement.

*Un missel est une petite bible dont la tranche était souvent dorée


#Tenue du jeune garçon

Pour le jeune garçon voilà donc l’occasion d’étrenner son premier costume, tel un homme en devenir. Dès 1842 cette tenue s’impose dans la version suivante : pantalon long noir, spencer noir, brassard blanc. Mais curieusement sur la majorité des archives nous constatons que les garçons portent des pantalons courts : certains parents ne souhaitaient pas trop encourager leur fils à une émancipation précoce ! Le brassard de communiant (avant-bras gauche) monté d’un gros nœud de tissu blanc se composait de deux pans terminés par une frange de fils de coton/soie. Après la cérémonie il était conservé dans la famille, parfois offert aux parrains/marraines voire même déposé à l’église en un ex-voto (objet de dévotion).

L’Église des années 1960 imposa l’aube pour créer l’uniformité devant l’acte de foi, gommant ainsi toutes les inégalités sociales.


Le Prie-Dieu est souvent mis en scène sur les portraits… Cette chaise à prière était autrefois exclusivement attitrée aux notables, leurs noms étant apposés sur la plaque de métal émaillé, vissée au dos. Les paroissiens « de condition modeste » s’agenouillaient sur le sol. Un parfait exemple d’une société très hiérarchisée même dans la sphère religieuse.


Mémoire de dentelles

Magnifiques photos « dentelle » époque 1930, relatant une de nos plus belles coutumes religieuses vécues par nos grands-parents et arrière grands-parents. Bien que spirituelles ces fêtes considérées comme « des tranches de vies importantes » étaient rigoureusement observées.

*Cliquez les photos pour les agrandir afin d’observer les détails des tenues et des accessoires.


Imagerie religieuse

#Les images pieuses

Les images pieuses échangées entre communiants se glissaient parmi les pages du missel en souvenir des moments partagés avec les cousins/cousines ou amis/amies proches. Nom de l’intéressé/ée, date et lieu de la cérémonie figuraient au dos.

Les canivets (1890/1914) au contour de papier dentelle, furent majoritairement produits par La Maison Bouasse-Lebel & Cie, cependant le nom de canivet est tronqué car les authentiques canivets apparurent déjà aux XVII /XVIII è siècles, des images pieuses réalisées dans les cloîtres par les religieuses, peintes dans l’esprit des enluminures, (au centre du canivet un/une saint/sainte/scène biblique). La bordure de papier dentelle finement ajourée par des ciselures réalisées avec un petit canif tranchant « canivet » (origine nominale de cette image)* mettait en valeur la beauté naïve de cette image pieuse.

*Ces images appelées autrefois « découpures », changèrent d’appellation « canivet » vers la fin du 19e siècle.

À partir du milieu du  XIX è siècle, on voit apparaître un grand nombre d’images imitant ces canivets originels, bien que l’estampe centrale soit imprimée manuellement avec la technique de l’empreinte (imprimerie), la dentelle est fabriquée mécaniquement (technique du gaufrage avec perforation).

Pour ne pas usurper la tradition séculaire des canivets, il est plus juste de requalifier ces images pieuses, d’images dentelle.

Les images pieuses s’adaptèrent aux modes de leurs époques : agrémentées de fleurs en tissu, de cotonnade, en cellophane ( remplaçant les images en feuilles de gélatine, procédé assez curieux ! ), pour finalement basculer vers plus de sobriété. Il n’est pas rare d’en retrouver quelques exemplaires cachées dans leur missel d’origine sur les brocantes, elles sont très recherchées par les collectionneurs .

*Pour accéder à l’historique complet des images pieuses cliquez : ici

*Image « dentelle » 1925, collection personnelle

Cliquez l’image pour l’agrandir

 « Je me rappelle le jour de ma communion « solennelle » c’était le 26 mai 1963 à l’église de Bellegarde. C’est vrai que j’avais l’impression d’un mariage ! J’ai encore le missel aux pages dorées et toutes les images que l’on s’échangeait entre nous. » Marie Claire Caddet


#Le cachet de communion

Lors de l’accomplissement de la communion les enfants recevaient du curé de leur paroisse, un « cachet de communion » ( un diplôme en quelque sorte) présenté sous la forme d’une lithographie. Ainsi on se rappelait ce jour mémorable en l’accrochant dans sa chambre.

Les premiers cachets de communion apparurent vers l’an 1750.

Beaucoup furent imprimés par la prestigieuse maison Bouasse-Lebel Paris, un haut lieu de l’imagerie religieuse dirigé de 1845 à 1865 par Eulalie femme imprimeur talentueuse (elle tenait cette vocation de son père imprimeur à Versailles).

Des lithographies au riche décor qui scénarisaient des communiants/tes et des ecclésiastiques autour d’un autel. D’abord monochromes, ces cachets évoluèrent vers la couleur avec les avancées technologiques de l’imprimerie. La production périclita à partir des années 1930/1939, détrônée par les premières petites images pieuses qui émergèrent début 1850.

Il est encore possible de chiner de beaux exemplaires comme ceux-ci d’ailleurs…

Sur le cachet datant de 1889, vous pouvez admirer la finesse des détails du décor « or », l’écriture à la plume encore visible permet la lecture du nom de la jeune communiante. Le deuxième plus ancien revêt nombre de symboles : une guirlande de feuilles de vigne/raisin/cruche encadre la scène religieuse, il s’agit d’une analogie à la fécondité terrestre et spirituelle. Dans des temps reculés la vigne était un des biens le plus précieux de l’homme.


Bocquin Caroline 1889
Cottard Pierrette 1848

Cliquez les images pour agrandir


Conclusion

L’Histoire n’est pas toujours plaisante ni complaisante, lorsqu’elle se dévoile sous des aspects que nous aimerions bien occulter… Derrière ces portraits d’enfants, se cachent aussi des silences douloureux, des chemins de croix parsemés d’embûches et d’injustices, des questions pour toujours restées sans réponses… Mes grands-parents maternels nés aux alentours de 1897, furent le fruit de cette éducation moraliste, nourris dés l’enfance de coutumes et de préceptes religieux… Par bonheur les mots pieux de ma grand-mère ont toujours éclairé mon chemin d’un amour bienveillant, aujourd’hui je suis riche de cette mémoire d’un autre temps…

Bibliographie

*Cairn.info : Catéchèse et instruction religieuse en France depuis le XIXe siècle | Cairn.info

*http://histoire-des-images-pieuses-canivets.e-monsite.com/pages/categories-d-images.html

*Wikipédia : Communion solennelle

*Tous les documents sont authentiques est proviennent de ma collection personnelle

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est le-saule-et-leglantine_logo-3.png.

Rédaction/Moine Corinne.

*Les photos estampillées LS&L sont soumises à des droits d’auteur.

*Les textes sont l’entière propriété intellectuelle de la rédactrice.

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