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À propos de moi

Stèle végétalisée cimetière de Challonges Haute-Savoie

Messages entre terre et ciel

Depuis la nuit des temps l’Homme fige le passage des défunts en élaborant des sépultures. Du tombeau le plus archaïque à la stèle la plus énigmatique, la sépulture demeure le témoin pérenne de l’être qui a vécu. En faisant resurgir du passé des lieux de culte ensevelis depuis des siècles, l’archéologie permet d’en retranscrire l’Histoire. Même si l’action est louable, il est navrant de constater qu’aujourd’hui il y a un réel désintérêt pour nos cimetières de campagne qui sont de véritables musées à ciel ouvert. L’Histoire “proche” ou dite contemporaine n’intéresse guère nos férus historiens ! Pourtant les cimetières “ruraux” sont de formidables “archivistes” dont les épitaphes gravées dans la pierre nous livrent de précieuses informations sur les mœurs sociétales des anciens. De parfaits inconnus côtoient d’illustres bienfaiteurs à la sépulture imposante et les curés ont leur carré pour l’éternité ! La sacralité qui entoure « nos vieux paroliers de pierre » constitue à elle seule une chape de plomb quasi imperméable, l’affect qui tisse un lien invisible entre les vivants et leurs morts se dresse comme une frontière infranchissable. Mais vous en conviendrez la curiosité “historique” n’empêche aucunement le respect à nos chers défunts !


Le cimetière rural et son patrimoine

Une sépulture ancienne qui disparaît faute d’une concession renouvelée, c’est une trace imprimée par nos aïeux dans notre propre histoire qui s’efface. Les sépultures « héritées » du passé dont les éléments architecturaux sont exceptionnels (dans la mesure où leur nature artisanale/artistique est avérée ), doivent être sauvegardées puis requalifiées en tant que patrimoine au même titre que les monuments classés. Paris a bien son Père-Lachaise ! Chaque cimetière est le miroir des artisans d’autrefois, grâce à leur travail doublé de leur talent, ils créèrent avec des outils rudimentaires, des œuvres d’une technicité incomparable bien loin de l’usinage géométrique des pierres en marbre d’aujourd’hui ! Nos vieux cimetières de campagne ne sont pas que des carrés de bienveillance, ils sont la mémoire d’un art funéraire révolu. Pourquoi ce désintérêt ? Est-ce que les codes culturels de notre société moderne nous empêchent de voir l’art funéraire ancien comme un art à part entière ? Est-ce que le monde des vivants est à ce point si hermétique !“Cachez ce cimetière que je ne saurais voir !” Si enfin, nous faisions abstraction de toutes les croyances, peurs ancestrales et charge émotionnelle qui encombrent notre mental, pour entrevoir avec “un regard neuf ” le formidable héritage légué par nos anciens. Le cimetière affiche une riche bibliothèque sociétale/artisanale, il n’est pas sans nous rappeler aussi que le rang social se lit jusque dans la pierre même encore actuellement d’ailleurs ! Que nous l’acceptions ou pas la mort reste la finalité de la vie qu’importe notre statut et nos états d’âme !

Croix ciselée cimetière de Lhôpital Chanay Ain.

La particularité du cimetière de Lhôpital réside en sa localisation en pleine campagne, derrière l’église Saint-Jean-Baptiste.

Le cadre est saisissant d’authenticité, les murs du vieux cimetière recouverts de tuiles ajoutent un supplément d’âme au lieu.

Croix aux joncs cimetière de Clermont en Genevois Haute-Savoie.

Le cimetière de Clermont possède un riche carré de sépultures anciennes.

On y retrouve une grande diversité de savoir-faire artisanal « ancien ».

Les allées de lavandes poétisent le lieu…

Magnifiques détails croix cimetière de Clermont en Genevois Haute-Savoie.

Croix ciselée cimetière de Challonges Haute-Savoie.

Détails ange et volutes croix ciselée cimetière de Challonges Haute-Savoie.

Pierre tombale enfant début 1900 cimetière de Savigny Haute-Savoie.

Lors du renouvellement de la concession cette pierre a été conservée et placée derrière la nouvelle stèle.

Le cimetière accolé à l’église possède son carré dédié aux sépultures des curés du village.

Une barrière de facture ancienne ouvragée avec des volutes délimite ce carré.

Détails du visage magnifiquement restitués au burin.

Cimetière de Savigny Haute-Savoie.

Visage « moulé dans la fonte » enchâssé sur une pierre fin 1800 cimetière de Bassy Haute-Savoie.

Le cimetière de Bassy est accolé à son église, une grille de facture ancienne encercle le lieu.

Un portillon de la même époque situé sur le côté s’ouvre sur un versant du Rhône.

Détails colonne granit, sculptée de fleurs fin 1800.

À l’abandon cimetière de Bassy Haute-Savoie.

Scène d’une mère accompagnant son enfant vers l’éternité, granit sculpté fin 1800.

À l’abandon cimetière de Bassy Haute-Savoie.

Vase de type Médicis début 1900 Cimetière de Montanges Ain.

Sépulture avec chaîne composée d’un assemblage de maillons en acier pour délimiter le carré funéraire.

Ce cimetière est adossé à une colline avec une configuration en paliers, les sépultures les plus anciennes se situant en haut.

Ange monté sur croix ciselée.

Cimetière de Lhôpital Chanay Ain.

Détails effigie de la Vierge en prière croix ciselée cimetière de Lhôpital Chanay Ain.

Sur sa tête une auréole /couronne (probable) avec 3 petits cercles représentatifs de la trinité.

Dans le christianisme, la Trinité représente le Dieu unique en trois personnes : le Père, le Fils et le Saint-Esprit.

Sépulture Fayolle 1900, concession à perpétuité.

Les époux Fayolle léguérent leur patrimoine aux pauvres du village.

Cimetière de Corbonod Ain.


Un carré d’amour éternel

Nombre de nos cimetières trop modestes “pour le commun des mortels” se voient spoliés de leurs croix ciselées, jadis ajourées par le maréchal-ferrant du village qui ne comptait nullement les heures passées à l’ouvrage. Désormais les cœurs émaillés aux contours émouvants ne reposent plus en paix ! Le cœur sans fioritures, symbole du sentiment sincère rouille comme les pétales d’une fleur éteinte. Le sens profond de sa signification est voué à l’indifférence. Figés dans le granit avec la dextérité du sculpteur d’autrefois, des visages silencieux nous interpellent. Les sourires de pierre s’éteignent sous les panaches de lierre, la nature réinvente le décor funéraire à l’abandon. Quel émerveillement pour celui ou celle qui devine la richesse des détails ornementaux qui exigeaient le geste patient de l’artisan œuvrant dans l’ombre de sa remise sans autre quête que d’offrir un peu de lui-même. Une vieille tombe encadrée d’anneaux formant une lourde chaîne nous indique que ce carré est chasse gardée ! Un carré d’éternité, « peut-être » car comment ne pas évoquer la disparition programmée de cette sépulture privée de concession à perpétuité !

Une stèle couchée à terre nous dévoile la scène émouvante d’un enfant qui semble guidé par sa mère vers le repos éternel. Foi et amour entremêlés dans la pierre avec une extrême sensibilité artistique, une allégorie touchante qui évoque la piété des aïeux. Les pensées se cueillent du regard tant la taille au burin est harmonieuse, les mots s’effeuillent et s’effacent sous les outrages du temps en une charmante métaphore “Mes pensées vous accompagnent”! Oui mais jusqu’où car l’éternité n’est pas de notre monde ! Les anges accrochés aux sculpturales croix prient pour que des vents plus cléments les portent vers le ciel de la postérité. Des colonnes brisées empruntées jadis à l’Antiquité derniers exemples d’un faste passé et dépassé somnolent sous les bosquets de lavandes comme dans les bras de Morphée. La couronne aux perles de verre s’égrène en une poésie de larmes immortelles qui roulent tristement sur les mots oubliés : « On voudrait revenir à la page où l’on aime, mais la page où l’on meurt est déjà sous nos doigts ».

Tant de grâce et de beautés naïves qui vous touchent, tant de mots pieux qui transcendent la mort en amour éternel…

Comment est-il possible de mettre au rebut notre histoire patrimoniale ?

Croix ornée d’un cœur en acier et effigie du Christ 1933.

Cimetière de Clermont en Genevois Haute-Savoie.

Détails des ciselures et des épitaphes en relief 1933.

Cimetière de Clermont Haute-Savoie.

Cœur en émail sur sa croix 1949.

Cimetière de Clermont en Genevois Haute-Savoie.

Cœur en émail serti de rouille

Sépulture à l’abandon cimetière de Clermont en Genevois Haute-Savoie.


Histoire vécue

Ma grand-mère m’imposait le silence dés qu’elle poussait le lourd portail du cimetière, là où reposaient « pour l’éternité » ses aïeux et les aïeux de ses aïeux. Je n’aurais pour rien au monde raté ce rendez-vous avec tante Jeanne dormant au bout de l’allée caillouteuse, une tombe sans artifices, baignée du soleil dardant ses plus beaux rayons. Bien des années plus tard, nous choisîmes pour mon père parti très tôt, le coin du cimetière en face de notre maison… Le lilas blanc embaumait encore le printemps de cette quarantième année. Et quand bien même les mentalités évoluent, n’oublions pas que l’intérêt d’exister pour une sépulture réside dans l’histoire de celui ou celle qui a vécu. Bientôt nous ne verrons plus que des monuments froids, uniformisés “en hauteur pour un gain de place”. Des cités HLM mortuaires image d’une société “insipide” qui ne laisse plus de place pour la poésie du vieux monde !

Couronne de pensées en barbotine, cimetière d’Arcine Clarafond-Arcine Haute-Savoie.


Nos traditions anciennes

#La veillée funèbre

Bien souvent vivaient sous le même toit, plusieurs générations d’une même famille, les personnes âgées mouraient donc à domicile. De nombreux rites inspirés de la tradition chrétienne s’organisaient autour du défunt. La dépouille était toilettée, endimanchée, les volets clos plongeaient la chambrée dans la pénombre, seule la lumière de quelques cierges « réchauffait » l’atmosphère lugubre. Lors des veillées funèbres, on se relayait pour passer la nuit auprès du défunt, ce cérémonial permettait d’accompagner l’âme dans son dernier voyage avec des pensées aimantes et bienveillantes. Sur la table de nuit trônait un crucifix, chaque visiteur trempait un rameau de buis dans un récipient d’eau bénite pour « glorifier » le mort. Les gens du village se solidarisaient autour de la famille endeuillée en participant à diverses tâches qui commençaient par la mise en ordre de la maison jusqu’à la commande du cercueil fabriqué par le menuisier local. À cette époque la couronne et le crucifix en perles de verre s’inscrivaient dans la tradition funéraire. Pas de fleurs naturelles, les gens d’antan avaient la culture de la durabilité !

*Avant sa mise en bière la jeune fille « pure » était enveloppée d’un drap blanc au préalable brodé par les demoiselles du village.

Jusqu’en 1952, les couronnes mortuaires étaient réalisées en perles de verre de Chauny Aisne par la « Compagnie française de la perle » fondée en 1900. Ces ornements furent détrônés par les couronnes en barbotine (céramique) moins fragiles. Le plastique mit définitivement fin à toutes ces interprétations décoratives/funéraires qu’on peut qualifier aujourd’hui d’art patrimonial. Raymond Grosfilex, héritier de la fabrique de bois de son père fondé en 1927, révolutionnera l’entreprise familiale en se tournant vers la production de plastique dès 1954 à Arben Oyonnax.


#Les funérailles

La tradition funéraire comprenait trois services religieux distincts : le premier service s’adressait aux notables, le deuxième service à tout le monde et le troisième service fort dépouillé était octroyé aux pauvres. Pour exemple en première classe on drapait de noir les piliers de l’église et l’autel : le glas sonnait avec toutes les cloches ! Pour le décès d’un homme une cloche sonnait trois fois et deux fois pour une femme, pour les enfants tintaient deux petites cloches. Un curieux personnage parcourait le village pour annoncer les décès et le jour des funérailles : “ l’invitant aux enterrements” ce métier occasionnel a disparu remplacé par nos faire-part ! Une veuve portait le deuil pendant 2 ans : le noir était de rigueur, un chapeau avec voilette cachait son visage lors de la cérémonie religieuse. Par la suite elle s’habillait de couleurs plus claires, on qualifiait cette transition vestimentaire, de demi-deuil.

Femme portant le deuil photo authentique 1904


Superstitions de grand-mère !

#Les feux follets

De nombreuses légendes alimentent encore nos peurs liées aux défunts. Ma grand-mère fervente catholique et froussarde de surcroît me racontait quand j’étais enfant l’histoire des feux follets : des petites flammes aux lueurs pâles qui vacillaient sur les tombes. Autrefois il fut inconcevable de s’introduire dans un cimetière de nuit car les anciens interprétaient les feux follets comme des âmes errantes demandant de l’aide aux vivants ! De quoi refroidir les plus téméraires ! La science a eu raison de la légende superstitieuse de ma grand-mère : les feux follets ne sont que des gaz de méthane et de phosphore causés par le processus de dégradation des végétaux en zone humide ! Le destin est parfois curieux puisque je vins habiter juste en face du cimetière du village. Une cohabitation fortuite qui dura 20 ans et qui me réconcilia définitivement avec les légendes troublantes de ma grand-mère ! On ne se lasse pas d’écouter ce charmant folklore lié à la piété des gens d’antan !

Femme portant le deuil photo authentique début 1900


#Les esprits frappeurs

Les anciens parlaient à demi-mots des événements « inexplicables »… Les bruits étranges ( Sénégougues Ain), entendus la nuit s’expliquaient comme des manifestations de revenants/esprits frappeurs en quête du repos éternel ! Asperger de l’eau bénite dans sa demeure conjurait le mauvais sort, ma pieuse grand-mère ramenait de son périple à Lourdes les fioles « salvatrices ». Pas de couverts posés en croix, de miche de pain à l’envers ! J’ai baigné depuis ma plus tendre enfance dans cette atmosphère aux rituels étranges, pour moi c’était mystérieux un point c’est tout ! Aujourd’hui ces pratiques anciennes tentent à nous faire sourire pourtant d’autres rituels plus contemporains censés attirer “le bien” ont vu le jour. N’avons nous pas tous et toutes un objet fétiche avec des « soi-disant » énergies positives ? La forme change mais le fond est toujours là ! Notre imagination titille nos vieilles peurs avec des événements incongrus que notre esprit cartésien ne peut pas toujours expliquer !


Bassy et son cimetière de légende

#Le passage des morts

Perchée sur son promontoire rocheux dominant le Rhône, l’église de Bassy ( 74 ) a conservé son cimetière qui s’enroule autour de ses murs en une procession de sépultures parfois très anciennes. Une curieuse légende liait le fleuve emblématique au lieu, elle fut relatée par l’instituteur de Bassy en date du 30 septembre 1864, lors d’une enquête de « L’Académie Florimontane d’Annecy » qui recensait pour l’époque des sites archéologiques (pierres/roches) à l’origine de légendes locales. L’instituteur nomma le fameux rocher en ces termes : « Le Roc de la Baille* » et précisa qu’il y avait un trou qui permettait d’accéder au Rhône. Il raconta qu’un passage souterrain ( probablement situé dans la roche sous le cimetière ) communiquait avec « le monde des vivants » permettant aux défunts de traverser pour se désaltérer dans les eaux du fleuve. Ce récit extraordinaire n’avait plus cours en 1925, il était même qualifié par les villageois de peu “orthodoxe” ! La topographie géographique du lieu laisse à penser qu’une «grotte/ faille/fissure » en serait l’origine, mais la végétation, les modifications géologiques ont transformé le paysage surtout après tant d’années.

*Baille/bailler/ouvrir grand la bouche/ouverture

*Source Paul Dufournet 1976


Un peu d’Histoire

Durant les premiers siècles seuls les Martyrs qui avaient souffert afin de défendre leur foi chrétienne étaient inhumés dans les églises. Par la suite les sommités religieuses et les individus de lignées prestigieuses y prirent place… Jusqu’au milieu du XVIII e siècle, il était d’usage de placer les cimetière près des églises au centre des villes…

Croix sur fond de ciel automnal cimetière de Corbonod Ain

Le cimetière des Saints-Innocents

#Le charnier de la discorde !

Comme je l’ai traité dans mon article “La mémoire des anges”, des épidémies en cascade décimèrent les populations des grandes villes aux siècles derniers. Pour exemple le cimetière des Innocentscimetière des Saints-Innocents situé dans le quartier des Halles à l’emplacement de l’actuelle place Joachim-du-Bellay, exposait ses charniers à ciel ouvert (vecteurs bactériologiques) ! Mais les parisiens en quête de curiosité morbide* y vaquaient pour des activités quotidiennes : marchés/ divertissements/etc, malgré l’atmosphère putride !

L’église mettra fin à ces pratiques profanes vers le milieu du XVIII e siècle… À l’horizon de la ville lumière se profilèrent de grands chambardements : innovations technologiques/sociétales, les mentalités évoluèrent et le peuple de Paris s’insurgea, les cimetières à proximité des habitations ne furent plus tolérés !

*Ces comportements étaient propre aux mœurs de l’époque, les promenades phares dans la capitale étaient la morgue (ex : pour faciliter l’identification des corps, on les exposait dans des vitrines à la vue du peupleet les exécutions publiques ! Une société encline au voyeurisme et au spectacle « mortuaire ».


Les grands chambardements

#L’ordonnance du 10 mars 1776

Le parlement de Paris trancha le débat houleux par l’arrêté du 21 mai 1765, défendant d’inhumer dans les cimetières de la ville de Paris, cet arrêté resta sans exécution jusqu’en 1803. Le 10 mars 1776 * une ordonnance royale ordonna le déplacement des cimetières de la capitale et des différentes provinces du Royaume sur des terrains appropriés avec des conditions d’inhumations requises afin de maintenir la salubrité de l’air et les conditions sanitaires. Ce changement drastique entraîna des émeutes dans les villes où les inhumations furent interdites. Conformément au décret royal le cimetière des Innocents ferma en décembre 1780, puis on le vida en 1786. Le 9 novembre 1785, l’inspecteur général des carrières, Charles-Axel Guillaumot décida de transférer les ossements qui se trouvaient dans les charniers vers les anciennes carrières transformées en catacombes (situées sous le lieu-dit de la Tombe-Issoire), ce transfert s’organisa pendant quinze mois en présence de prêtres. Le décret du 12 juin 1804 ( encore valable de nos jours ) obligea les communes à respecter une distance de 35 à 100 mètres entre les cimetières et les habitations. Ce décret n’ayant pas fait mention de date butoir pour son exécution, un grand nombre de cimetières restèrent à leurs emplacements d’origine surtout dans les petites agglomérations.

*Reproduction de document d’époque Ordonnance royale du 10 mars 1776 Cliquez le lien pour en lire le contenu : ici

Si effectivement nous avons connaissance via nos histoires locales de cimetières déplacés dans nos villages, aucun récit ne mentionne la façon dont ces changements impactèrent « émotionnellement » une population rurale attachée aux superstitions religieuses. Détail qui a son importance pour imaginer le désarroi engendré par le déplacement d’un cimetière, « déplacer » n’est en effet pas le terme exact ! Nombre de dépouilles furent « exhumées puis déposées » dans les ossuaires des nouveaux cimetières. De nos jours, quand une concession n’est pas renouvelée la procédure reste inchangée.

 L’église et le cimetière des Saints-Innocents vers 1550 -Gravure de Hoffbauer-

Extrait Loi du 10 Mars 1776
Article 1 : « Nulle personne ecclésiastique, ou laïque, de quelque qualité, état et dignité qu’elle puisse être, à l’exception des archevêques, évêques, curés, patrons des églises, hauts-justiciers et fondateurs des chapelles, ne pourra être enterrée dans les églises, même dans les chapelles publiques ou particulières, oratoires et généralement dans tous les lieux clos et fermés où les fidèles se réunissent pour la prière, célébration des saints mystères, et ce pour quelque cause, et sous quelque prétexte que ce soit. »

Article 7 : « Les cimetières qui seront insuffisants pour contenir le corps des fidèles seront agrandis. Ceux qui sont placés dans l’enceinte d’une habitation pourraient nuire à la salubrité de l’air seront portés autant que les circonstances le permettront hors de la dite enceinte en vertu des ordonnances des archevêques et évêques diocésains y seront tenus les juges des lieux, les officiers municipaux et habitants d’y concourir chacun en ce qui les concernera. »


Le cimetière du Père-Lachaise

#Une épopée en grande pompe !

Suite à la fermeture du cimetière des Innocents le 1er décembre 1780, en application tardive de la loi de 1765, Paris commença à manquer de lieux de sépultures. Au début du XIXe siècle furent construits quatre cimetières distincts hors des limites de la capitale : le cimetière de Montmartre au nord, le cimetière de l’Est ( Le Père-Lachaise ) le cimetière du Montparnasse au sud et à l’ouest de la ville, le cimetière de Passy. Le préfet de Paris décréta l’affectation des 17 hectares de Mont-Louis* pour la conception du « cimetière de l’Est ». Dès 1903, l’architecte néo-classique Alexandre-Théodore Brongniart imagina un immense jardin à l’anglaise arborisé de végétaux aux essences rares. Le 21 mai 1804 on inaugura l’ouverture du Père-Lachaise avec l’inhumation d’Adélaïde Paillard de Villeneuve ( petite fille de 5 ans). Mais les riches parisiens rechignaient à se faire enterrer hors de Paris, dans un quartier réputé pauvre. En 1804, Le Père-Lachaise n’accueillait que 13 tombes, en 1815 pas plus de 2 000. Le préfet de Paris organisa le 2 mai 1817, le transfert des dépouilles de Molière et Jean de La Fontaine depuis le musée des Monuments français. Cette initiative « originale » que je qualifierais de « publicité avant-gardiste » déclencha l’engouement de notables aisés qui choisirent comme dernières volontés de se faire inhumer en grande pompe dans des mausolées somptueux. L’épopée laborieuse du cimetière du Père-Lachaise est désormais une histoire oubliée, il affiche avec brio sa notoriété « mondiale » et figure classé aux monuments historiques.

Cimetière du Pére-Lachaise 1815

Au moyen Âge une des collines de Paris, se nommait « Champ-l’Évêque » car elle appartenait à l’évêque de Paris, puis du fait des vignes qui y furent plantées au XII e siècle son nom devint « Mont-aux-Vignes« . Deux siècles plus tard, les Jésuites acquirent le terrain pour en faire un lieu de repos, le roi Louis XIV y séjourna d’où un nouveau changement de nom pour « Mont-Louis« . Le plus illustre occupant fut le révérend François d’Aix de La Chaize (1624-1709), dit le Père La Chaize, confesseur du roi de France Louis XIV pendant 34 ans. Lorsque son nom fut affecté au célèbre cimetière, l’orthographe changea le  « La Chaize » devint Lachaise.

*Source Wikipédia


Le cimetière aujourd’hui

Contrairement à ce qu’on imagine, nos cimetières sont pour la plupart récents entre 150 et 200 ans en moyenne, n’oublions pas les décrets du 10 mars 1776 et du 12 juin 1804 qui obligèrent les villes et les communes à repenser l’implantation des lieux de sépultures en respectant la distance requise. Les profanations et les dégradations sont sanctionnées. ( Articles 225-17, 225-18 et 225-18-1.). Il est à déplorer des vols constants d’objets funéraires « religieux » car ils ont parfois une valeur marchande. Des collectionneurs peu scrupuleux n’hésitent pas à passer par des réseaux bien organisés. Cette situation est hélas identique pour les églises et les oratoires. Les cimetières des villes se sont « urbanisés », les sépultures anciennes avec leurs croix ciselées ont pratiquement disparu.

Trésors de nos cimetières : visitez le site

Le cimetière de Clermont en Genevois Haute-Savoie possède un riche carré de sépultures anciennes


Conclusion

Cet article a été pour moi difficile à réaliser du fait de la complexité du sujet, mais il me tenait à cœur de sensibiliser les plus réceptifs (ives) d’entre vous à la richesse de notre patrimoine funéraire dit “rural”. Je voulais aussi restituer à travers mes photos la poésie d’une sépulture ancienne avec tout le respect dû à nos chers défunts. Nos cimetières de campagne ont encore beaucoup à nous apprendre sur les coutumes passées et sur les métiers d’art qui faisaient l’authenticité des villages de nos grands-parents/arrière-grands-parents. Il est fort à parier que les concessions funéraires seront de plus en plus courtes, nos vieilles sépultures s’en trouvent donc menacées. Nos élus locaux doivent réagir ! Peut-être serait-il opportun de saisir au vol l’extraordinaire engouement des français envers leur patrimoine local pour requalifier les cimetières exceptionnels sous un label patrimonial. Verrons-nous bientôt un modeste cimetière “rural” devenir notre « Père Lachaise » ? L’omniprésence de nos tabous liés à la mort ne doit pas nous faire perdre de vue l’essentiel : nos vieilles tombent se meurent en emportant avec elles leurs secrets…

« Pourquoi serais-je hors de vos pensées, simplement parce que je suis hors de votre vue ? 

Je ne suis pas loin, juste de l’autre côté du chemin » 

Henry Scott-Holland

Voici une liste non exhaustive de petits cimetières ruraux qui vous dévoileront la douceur de leurs vieilles tombes Lhôpital à Chanay 01 -Bassy 74 -Chézery 01-Montanges 01-Corbonod 01-Clermont 74-Seyssel 01/74-Savigny 74-Challonges 74 …

Bibliographie…

*Rédaction/Photos/Moine Corinne

*Whikipédia « Cimetière du Pére-Lachaise »

*Jean-Olivier Majastre « L’espace des morts et le monde des vivants » 1977

*Almanach de l’Ain » Collection 2005 Rédacteur en chef Gérard Bardon

*« Le Pain de la terre » Anne-Marie Prodon 1992

*Collection Persée « Récits et légendes historiques recueillis à Bassy (Haute-Savoie) » Paul Dufournet 1976

*Les photos anciennes sont authentiques et proviennent de ma collection personnelle

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est le-saule-et-leglantine_logo-3.png.

*Les textes sont l’entière propriété intellectuelle de la rédactrice.

*Les photos estampillées LS&L sont soumises à des droits d’auteur.

Mystère

Mystérieuse Vierge de Boursin

Mystères d’hier et d’aujourd’hui…

Hier ce n’est pas si loin, pourtant force est de constater que le patrimoine légué par nos anciens est en danger, faute à l’urbanisation qui grignote de plus en plus nos paysages, gommant ainsi de nos villages, nos traditions, nos monuments, notre identité locale/régionale. Un gâchis irréversible qui nous laisse rien présager de bon pour le futur vue l’engouement « virulent » des promoteurs immobiliers qui construisent tous azimuts sous couvert de projets vertueux « bien pensés et bien pensants ». Pourtant la réalité est tout autre et se lit aux détours de nos ruelles : le béton cloisonne de jours en jours notre horizon ! Beaucoup d’entre nous sont conscients que la préservation du patrimoine n’est pas qu’un sujet de querelle de clocher mais qu’il a bien une nécessité urgente à sauvegarder ce qui peut encore l’être. N’oublions pas que nos prédécesseurs ont mené des luttes acharnées par conviction ou par devoir pour nous laisser témoignages de leur attachement à la terre natale. Si notre société actuelle continue sur sa lancée, il est à craindre que nous n’ayons bientôt plus rien à transmettre aux génération futures qu’une page blanche « aseptisée » de la mémoire du passé …

Nous avons tous et toutes entre nos mains « le devenir de nos racines identitaires ».


Le culte de la Vierge Marie

Nous apercevons encore de nombreuses statues de la Sainte Vierge dans nos campagnes, chacune surplombant un lieu « jadis » déterminé par nos anciens, mais il nous faut parfois fouiller l’histoire locale pour en trouver la signification. Comme je le précise souvent dans mes articles, foule de détails attachés à notre patrimoine et qui nous semblent anodins au premier regard ne sont aucunement le fruit du hasard.

Gardez toujours ce raisonnement à votre esprit !

Sainte Vierge oratoire situé entre Seyssel et Usinens Haute-Savoie

#Propagande religieuse

Après le 8 décembre 1854 jour où fut proclamé comme article de foi le dogme de l’Immaculée Conception, le Souverain Pontife Pie IX exprima le désir que toutes les paroisses se placent sous la protection de Marie Immaculée et lui élèvent des statues. La plupart de ces monuments furent érigés suite à cette recommandation qui n’était autre qu’une propagande religieuse tentant à démontrer la suprématie de l’Église.

#Paroisse participative

Des souscriptions s’organisèrent dans les paroisses pour mener à bien les projets à vocation religieuse, l’argent collecté finançait les matériaux. Certains notables ou riches commerçants « donnaient aussi de leurs deniers pour la postérité » ! L’exécution des travaux se faisait sur la base du volontariat, un partenariat solidaire « sans commune mesure avec aujourd’hui » ! Nous ne pouvons qu’être admiratifs (ves) devant tant d’exploits architecturaux car à cette époque, il n’existait guère que la rudimentaire charrette pour déplacer les matériaux ! Piété oblige nos pieux aïeux aimaient penser qu’en retour, quelques gratifications divines pouvaient tomber du ciel !

#Le diktat du bleu

Au XII et XIII è siècle il fallut trouver une technique picturale pour différencier lumière terrestre et lumière divine : en théologie Dieu est représenté via ces deux types de lumières. Le bleu symbolisa donc la lumière terrestre et l’or la lumière divine. Au Moyen Âge, l’engouement pour le culte marial commença à faire des émules alors la haute autorité cléricale ordonna que les statues de la Sainte Vierge soient revêtues de bleu ( sa robe/sa cape ou les deux )… Mais à une l’époque où l’Église dépensait outrageusement son argent pour exhiber sa puissance et propager sa doctrine, le choix « tactique » du lapis-lazuli s’imposa comme une évidence car ce pigment outremer possédait une particularité, sa rareté : il se vendait au prix de l’or ! Un minéral luxueux, riche de son histoire qui figurait la puissance divine et qui ornait déjà 6000 ans avant Jésus Christ, les objets sacrés dédiés aux cérémonies. D’autres civilisations lui conféraient des pouvoirs protecteurs en détournant les influences maléfiques !

Vous imaginez la suite, ce diktat ancien s’est transformé en tradition…

immaculee-conception-decembre-2019.pdf (catholique.fr)

Source bulletin paroissial de juin 1937 « Archives de l’Ain »

Mystère de la vierge d'Anglefort

La Vierge de Boursin

#Érigée sur une ancienne chapelle

« La Vierge de Boursin » est localisée sur la commune d’Anglefort, village qui doit son origine à un prieuré de Bénédictins que Samuel Guichenon, disait être fort ancien. On retrouve mention d’Enflafol « Anglefort » à partir de l’an 1164. L’Histoire rapporte l’existence d’une église de Bénédictins construite entre Anglefort et Boursin au Sud-Est de l’église actuelle au XIIIe siècle, souvent inondée par les grandes crues du Rhône, elle fut abandonnée.

Monsieur De Seyssel-Sothonod, cite dans « Le Bugey »un acte notarial du 19 mai 1731 passé par M. Goret notaire se rapportant à une dotation* de M. Michard bourgeois de Seyssel, en vue de la construction d’une chapelle au Crêt à Bossin (Boursin), sous le vocable de la Sainte Vierge.

Faute de plus d’informations il précise que « La Vierge de Boursin » a probablement été érigée en 1856 sur l’emplacement de cette ancienne chapelle. Une souscription paroissiale pour un montant global de 2060 francs permit d’édifier la sculpturale vierge d’une hauteur de 2,15 mètres, elle repose sur une assise en pierres de taille et porte sur son socle une inscription.

Sa silhouette bleue se fond avec les déclinaisons du soleil qui flamboient magistralement sur le massif de La Chambotte.

*La famille Passerat de Silans est devenue propriétaire vers le milieu du XVIIIe siècle à Boursin, le second fils Pierre épousa Claudine Michard ( cette alliance est probablement à l’origine de la dotation de M. Michard bourgeois de Seyssel, pour la construction d’une chapelle au crêt à Boursin d’après les écrits de M. Seyssel-Sothonod ). Leur fils Claude Anthelme fut le dernier Passerat de la Chapelle à Anglefort. Il est à noter que les noms de famille se rapportaient aux fiefs successivement acquis.

Source :« Topographie Historique du Département de l’Ain » Guigue Marie-Claude (1832-1889)

Source : Le Bugey « Société scientifique, historique et littéraire » numéro 19 page 470 ( Année 1925 ) Article rédigé par M. De Seyssel-Sothonod et numéro 20 ( Année1926 ) page 640.


La clef d’un mystère se cache certainement quelque part entre cimes et brouillards !


Mystère

La Vierge de Pouilly

# Érigée sur d’anciens marais


La statue dédiée à Marie Immaculée érigée par les habitants de la commune de Pouilly (Gex Ain) le 16 décembre 1858, s’autofinança avec une souscription paroissiale de 400 francs. Les villageois assurèrent bénévolement le transport des matériaux avec des charrettes. Déplacer l’imposant monument puis hisser ses 600 kilos sur son piédestal nécessita la coordination de 12 hommes vaillants !

En 1937 après une restauration ( financée par une vente de charité de la paroisse ), on créa un enclos avec murs et grillages, puis on tourna la Vierge : « la statue qui auparavant regardait le couchant, a été tournée du côté du chemin et fait face aux allants et venants ».

Perchée sur son promontoire au milieu d’anciens marais «La Vierge des Marais» surprend par sa localisation solitaire. Autrefois cette zone marécageuse constituait un foyer pathogène pour les villages environnants (moustiques/fièvre). En 1817 les moines des prieurés de Gex, drainèrent ces marais afin d’en permettre la culture.

Le choix de l’emplacement de Notre Dame ne relevait pas du hasard : les villageois s’assuraient une protection, le marais représentant toujours pour l’époque une menace sanitaire. Mais l’explication la plus plausible reste sans aucun doute, une concordance historique avec une chapelle abritée dans la maison forte* qui dominait jadis ce lieu énigmatique.

Maintes histoires locales, rituels étranges et processions religieuses ancestrales alimentent encore les mystères de la Vierge des marais de Pouilly…

*Ce poste de surveillance protégeait la route de Genève…

Histoire de Saint-Genis-Pouilly


SOS Patrimoine en danger !

Pour ceux et celles qui suivent l’actualité locale, un projet d’envergure « Le projet OPEN » mettra prochainement en péril la Vierge des marais. Le vaste complexe commercial d’une surface de 39000 m² devrait couvrir l’étendue de la zone marécageuse.

Qu’adviendra-t-il de l’écosystème et de la nappe phréatique ? Grande théorie abracadabrante de têtes pensantes qui croient connaître un lieu que nos anciens préservaient car il régulait les eaux en fonctionnant en sous-sol tel un bassin de rétention « naturel ».

Toujours le même argument marketing ÉCORESPONSABLILITÉ pour se targuer d’une conscience écolo et contrer les réticences de citoyens « vigiles » de l’environnement !

Beaucoup s’insurgent contre ce diktat « de l’argent menant rondement le monde », une bataille du pot de fer contre le pot de terre !

Stop au projet « Open » à Saint-Genis-Pouilly

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Réflexion

« Le mystère est un point d’interrogation perdu dans la mémoire du temps là où l’Homme puise son imaginaire. Il n’y a pas de sens à s’interroger sur le mystère sans s’interroger sur soi-même car la vie reste incontestablement le plus grand des mystères… »*

*Citation Moine Corinne

*Article réactualisé le 9 Mai 2021 suite à de nouvelles recherches historiques.

*Anglefort est en aval de Seyssel et limitrophe avec la Savoie et la Haute-Savoie.

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Rédaction/Photos/Moine Corinne

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