Le goût des merveilles

« Songe que tous les jours des souvenirs s’entassent, mes souvenirs à moi seront aussi les tiens. Ces communs souvenirs toujours plus nous enlacent et sans cesse entre nous tissent d’autres liens. »
Rosemonde Gérard
« Les vieux »

Vous prendrez bien une tasse de thé ?

Dix heures du matin, le soleil inonde déjà la maison, les parfums du jardin s’éveillent. Là un cheval à roulettes négligemment délaissé sous la rosée matinale, ici une ribambelle de jouets abandonnés sur la table en pierre. Une balançoire pendue dans le grand chêne par une corde effilochée, ondule en un grincement mélodieux. Dans ce joyeux chaos une silhouette s’agite : des boucles brunes aux rubans de satin entrelacés, une voix cristalline et espiègle qui taquine les oiseaux s’aventurant sur son chemin. Églantine la petite fille rieuse, vous invite à suspendre le temps pour profiter de la tendresse gourmande de sa charmante demeure. L’ambiance est paisible, l’humeur romantique, quelques notes de Puccini s’envolent du piano posé non loin de la console au marbre rare.

Églantine, Louise et Pipo 1859

Les pampilles du lustre baroque resplendissent sous la lumière du jour, la table est parée d’une carafe en cristal et de vaisselle d’argent. De jolies roses Pompadour fraîchement cueillies perlent des gouttes de rosée qui scintillent en tombant sur le carrelage aux damiers noirs et blancs. Sur la desserte de la cuisine : porcelaine anglaise raffinée, thé parfumé au jasmin, madeleines fondantes. Des merveilles alléchantes qui pétillent en mille facettes dans le regard malicieux d’Églantine. D’une main furtive elle grappille quelques miettes puis s’enfuit en traînant sa poupée de chiffon par son jupon de dentelle. Un splendide chat angora observe d’un œil complice le manège de son divan aux passementeries de velours rouge. Voilà donc l’écrin précieux dans lequel s’épanouit la volubile Églantine.

Une collection de portraits est accrochée au-dessus du meuble de famille, des ancêtres fantomatiques qui saluent les visiteurs d’un sourire figé. D’immenses candélabres surmontés de bougies aux tons surannés, orchestrent la cheminée du salon cossu. À l’entrée de cette maison belle époque, une patère où s’accordent avec une douceur exquise, des chapeaux raffinés aux voilettes de guipures, des petits canotiers et des ombrelles en tulle de soie. Une horloge se prélasse en égrenant ses heures paresseuses, tandis que s’entrebâille l’imposante porte pour enfin offrir les premiers rayons du soleil aux murs gris élégants. Un puits de lumière baigne l’escalier dévoilant une rambarde monumentale qui s’enroule jusqu’aux étages. Sous la verrière de style victorien, les couleurs vives de la roseraie s’animent et se mélangent inlassablement aux images floues du passé. Respirer encore le parfum vanille des joues roses d’Églantine et garder sur mes lèvres le goût secret du passé, le goût des merveilles…**

**Conte« Le goût des merveilles » écrit par MOINE Corinne

Quelques notes de Puccini


Le fonds photographique Eugène Trutat est une collection photographique qui est détenue par la Ville de Toulouse et dont la gestion est répartie entre trois organismes culturels municipaux ou intercommunaux : le Muséum de Toulouse, la Bibliothèque municipale et les Archives municipales de Toulouse. Les photographies qui composent le fonds ont été prises par le pyrénéiste Eugène Trutat (1840-1910), pionnier de la photographie de montagne. Elles représentent un grand nombre de paysages et scènes du Grand Sud-Ouest français, et en particulier du massif des Pyrénées, prises à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle (de 1859 à 1910 précisément).

*Merci à la bibliothèque de Toulouse pour le prêt des photos ( Fonds TRUTTAT )*

Rédaction/Moine Corinne

*Les photos estampillées LS&L sont soumises à des droits d’auteur.

*Les textes portant un astérisque sont l’entière propriété intellectuelle de la rédactrice.

5 1 vote
Évaluation de l'article
Subscribe
Me notifier des
guest
0 Commentaires
Inline Feedbacks
View all comments