Comme autrefois

Chemin rural de Beauchâtel sous Clarafond-Arcine Haute-Savoie

La veillée

« Aimer la terre c’est aimer l’Homme. »

Fini le dur labeur, finie la longue journée, ils s’en sont tous allés le sabot trébuchant sous la lune parée d’un beau croissant d’argent, ils s’en sont tous allés pour remonter le temps. Leurs lanternes s’agitent sur les chemins de pierres, en lumières poétiques un peu comme un mystère. Ce soir ils vont veiller dans une ferme isolée, ils vont chanter puis rire, se raconter la guerre, la chasse à la perdrix qu’ils braconnaient naguère. Ils évoquent les souvenirs pour garder la mémoire, des histoires d’autrefois venues du fond des âges. Des gestes pour transmettre la beauté du savoir, pour garder les valeurs qu’ils aiment et qu’ils partagent.

Dans cette pièce obscure on sent le foin coupé, la grosse lampe à carbure vient juste d’être allumée. Le sol est recouvert d’une terre poussiéreuse, la terre de leurs ancêtres fière et miraculeuse. De vieux cageots rougeoient sur des fagots de bois et les châtaignes grillées prennent un bon goût moka. Les uns font des paniers qu’ils vendront au marché, d’autres du rempaillage avec agilité. Les bambins sont assis en cercle sur le sol froid, ils admirent les ouvrages, en cassant quelques noix.

Une femme sort son tricot puis fait valser la laine on entend ses sabots sur le parquet en chêne. Les écheveaux roulés sur une chaise boiteuse, dont l’assise est usée mais la danse mélodieuse. Ils racontent des histoires, des histoires d’autrefois pour faire peur aux enfants, pour raviver la foi. Des ombres fantastiques dansent sur le haut des murs, les petits crient d’effroi ! Mais oui je vous le jure ! Que de simplicité, de moments partagés, écouter et transmettre pour garder la beauté, des soirs passés à veiller tous ensemble autour de la potée et de la cheminée. 

Et puis il faut rentrer car le temps a filé, sentir sa terre chanter sous les sabots cloutés. La brume a emporté dans un velours épais, les veillées d’autrefois, les veillées du partage, la terre seule, a gardé dans ses nombreux sillages, les souvenirs d’antan, les mots, les paysages**.

**Conte « La veillée » écrit par MOINE Corinne

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« La terre n’appartient pas à l’Homme, mais l’Homme appartient à la terre, il n’en est que le modeste locataire ! »

Moine Corinne

Rédaction//Photos/Moine Corinne

Fonds photographiques Eugène Trutat

*Les photos estampillées LS&L sont soumises à des droits d’auteur.

*Les textes sont l’entière propriété intellectuelle de la rédactrice.

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