Page blanche

Mystère

Mystérieuse Vierge de Boursin veillant sur le massif de La Chambotte

Réflexion !

Quand nous aurons gommé toutes les richesses transmises avec sagesse par les anciens, que nous restera-t-il ? Tous ces lieux magnifiques, toutes ces anecdotes étranges qui sont notre patrimoine : qu’en adviendra-t-il si nous continuons à accepter que sous couvert de la modernité, nous effacions notre propre mémoire ! Quand tout aura disparu, nous perdrons le goût sacré du mystère. Les mots des légendes et des traditions s’endormiront pour toujours. Alors hélas, nous n’aurons rien d’autre à léguer aux générations futures qu’une triste page blanche.

« L’essentiel ne sera plus jamais invisible pour vos yeux… » 

**MOINE Corinne


La Vierge de Boursin

« La Vierge de Boursin » est localisée sur la commune d’Anglefort dans le département de l’Ain. Le village d’Anglefort doit son origine à un prieuré de Bénédictins que Samuel Guichenon, disait être fort ancien. On trouve mention d’Enflafol « Anglefort » à partir de l’an 1164. L’Histoire rapporte aussi l’existence d’une église de Bénédictins construite entre Anglefort et Boursin au Sud-Est de l’église actuelle au XIIIe siècle, souvent inondée par les grandes crues du Rhône, elle fut abandonnée. ( Je suis en recherche d’informations sur ce sujet d’ailleurs ). Monsieur De Seyssel-Sothonod, cite dans « Le Bugey » ( Revue fondée à Belley le 28 décembre 1908 par le comte Marc de Seyssel-Cressieu ), un acte notarial du 19 mai 1731 passé par M. Goret notaire se rapportant à une dotation* de M. Michard bourgeois de Seyssel, en vue de la construction d’une chapelle au Crêt à Bossin ( Boursin ), sous le vocable de la Sainte Vierge. Faute de plus d’informations il précise que « La Vierge de Boursin » a probablement été érigée en 1856 sur l’emplacement de cette ancienne chapelle. Une souscription paroissiale pour un montant global de 2060 francs permit d’édifier la sculpturale vierge d’une hauteur de 2,15 mètres, elle repose sur une assise en pierres de taille et porte sur son socle une inscription. Sa silhouette bleue se fond avec les déclinaisons du soleil qui flamboient sur le massif de La Chambotte. Une atmosphère baignée de couleurs surprenantes, la clef du mystère se cache certainement quelque part entre cimes et brouillards !

*La famille Passerat de Silans est devenue propriétaire vers le milieu du XVIIIe siècle à Boursin, le second fils Pierre épousa Claudine Michard ( cette alliance est probablement à l’origine de la dotation de M. Michard bourgeois de Seyssel, pour la construction d’une chapelle au crêt à Boursin d’après les écrits de M. Seyssel-Sothonod ). Leur fils Claude Anthelme fut le dernier Passerat de la Chapelle à Anglefort. Il est à noter que les noms de famille se rapportaient aux fiefs successivement acquis.

Source :« Topographie Historique du Département de l’Ain » Guigue Marie-Claude (1832-1889)

Source : Le Bugey « Société scientifique, historique et littéraire » numéro 19 page 470 ( Année 1925 ) Article rédigé par M. De Seyssel-Sothonod et numéro 20 ( Année1926 ) page 640.

« La vierge de Boursin » Anglefort Ain (en vidéo)


Origine de la couleur bleue

La couleur bleue est liée à l’imagerie religieuse c’est un fait avéré, à partir du XIIe et XIIIe siècles il fallut trouver une technique picturale pour différencier la représentation de la lumière terrestre de la lumière divine : en théologie Dieu est représenté via ces deux types de lumières. Le bleu s’imposa donc pour représenter la lumière terrestre et l’or pour la lumière divine. Au Moyen Âge le culte de la Vierge Marie prit un certain essor, l’Église peut regardante à la dépense et qui voulut montrer sa richesse imposa que les statues de la Sainte soit revêtues de bleu ( sa robe/sa cape ou les deux ). Le bleu « imposé » était un pigment cher pour l’époque le lapis-lazuli » bien plus cher que l’or d’ailleurs ! Vous imaginez la suite, ce diktat ancien s’est transformé en tradition…


Vierge de Boursin Anglefort Ain

Mystère de la vierge d'Anglefort

Un peu d’Histoire…

Après le 8 décembre 1854 jour où fut proclamé comme article de foi le dogme de l’Immaculée Conception, le Souverain Pontife Pie IX exprima le désir que toutes les paroisses qui le pourraient se placent sous la protection de Marie Immaculée et lui élèvent des statues. Les paroisses s’empressèrent d’y répondre et érigèrent alors de nombreuses statues de la Vierge Marie. Beaucoup de ces monuments purent voir le jour grâce aux bonnes œuvres des paroissiens. Les initiatives bénévoles étaient aussi très coutumières de cette époque, une façon de réduire les dépenses engendrées, d’exprimer son dévouement à sa paroisse et de s’assurer une reconnaissance divine. Nous apercevons encore des effigies de la Sainte Vierge dans nos campagnes, de même que de magnifiques oratoires parfois dissimulés sous les broussailles !

Procession de la Fête-Dieu 1907 Arce (Ain)

Les paroissiens commémoraient les grands événements religieux : Rameaux, Fête-Dieu, etc… autour des processions. Dans les campagnes d’autrefois, les trois jours précédant le jeudi de l’Ascension, les « Rogations » se voulaient être de ferventes supplications afin de demander la bénédiction divine sur les travaux des champs en vue des récoltes. Chaque événement religieux était symbolisé par un cortège processionnel accompagné de prières et de chants liturgiques, les villageois marchaient solennellement de l’église vers un lieu sanctifié.

Les paroisses s’identifiaient avec leur propre bannière religieuse réalisée traditionnellement avec une étoffe de velours brodée de fils d’or et d’argent. Hissée sur un mat en bois, elle nécessitait un porte-drapeau de constitution solide à cause de la prise au vent. Sur ces fanions richement décorés figuraient aussi des symboles/inscriptions exprimant le patrimoine local. Ces traditions souvent liées à la ruralité créaient du lien social et de la proximité entre les familles. Désormais ces cérémonials religieux n’ont pratiquement plus cours…

De nos jours la bannière représente un moyen d’identification pour diverses communautés, mais il à noter qu’il y a toujours à la base un saint protecteur.

Source bulletin paroissial de juin 1937 « Archives de l’Ain »


La Vierge des Marais


La statue dédiée à Marie Immaculée, fut érigée par les habitants de la commune de Pouilly (Gex Ain) le 16 décembre 1858, elle fut financée par une souscription de 400 francs faite dans tous les villages de la commune. Les villageois assurèrent bénévolement, le transport des matériaux avec des charrettes. La statue « bénie » lors de la cérémonie religieuse, pesait 600 kg et fut portée par 12 hommes. Ils marchèrent en procession de l’église de Saint-GenisPouilly jusqu’au marais, puis hissèrent le monument sur son piédestal composé de pierres jointées les unes aux autres.. L’emplacement avait été gracieusement donné par la commune. En 1937 après une restauration ( financée par une vente de charité de la paroisse ), on créa un enclos avec murs et grillages, puis on tourna la Vierge : « la statue qui auparavant regardait le couchant, a été tournée du côté du chemin et fait face aux allants et venants ». Perchée sur son promontoire au milieu d’anciens marais «La Vierge des Marais» surprend par sa localisation solitaire.

Autrefois ces anciens marais étaient vecteurs de maladies diverses, ils furent drainés en 1817. ( Gex comptait de nombreux marécages, ce sont les moines des prieurés qui les drainèrent pour en faire des terres cultivables ). Le choix de l’emplacement de la statue ne relevait certainement pas du hasard : les villageois s’assuraient peut-être une protection, le marais représentant toujours pour l’époque une menace sanitaire. Ce lieu absolument saisissant fait référence à maintes histoires locales, rituels et processions religieuses. Voilà donc une histoire hors du temps qui nous laisse comme un arrière-goût de mystère !


Mystère

Vierge des marais Pouilly Ain

Mystère de la vierge des marais

« Le mystère c’est la part d’inconnu qui sommeille en toutes choses, un point d’interrogation perdu dans la mémoire du temps là où l’Homme puise son imaginaire, sa force et ses émotions. Il n’est point de sens à s’interroger sur le mystère sans s’interroger sur soi-même car la vie reste incontestablement le plus grand des mystères… »

Moine Corinne

*Anglefort est en aval de Seyssel et limitrophe avec la Savoie et la Haute-Savoie.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est le-saule-et-leglantine_logo-3.png.

Rédaction/Photos/Moine Corinne

*Les photos estampillées LS&L sont soumises à des droits d’auteur.

*Les textes sont l’entière propriété intellectuelle de la rédactrice.

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Marie Claire CADDET
Marie Claire CADDET
20 février 2019 7 h 38 min

Bonjour Corinne
Même si je ne laisse pas souvent de commentaires
je te suis régulièrement
Toujours de superbes textes et photos.

Emmaüs fera le vide-grenier de Bassy le 31 Mars

J’ai également quelques vieux livres actuellement

Bonne continuation Corinne. Enchantes-nous encore et encore

Cordialement

Marie-Claire