Mots d’hiver
Entrelacs de givre et de poésie...
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J’éprouve pour les vieilles pierres une tendresse toute particulière, car elles éveillent en moi une poésie familière…
Une virée vagabonde au cœur d’un hameau dissimulé sous une luxuriante végétation, s’apparente davantage à un voyage hors du temps qu’à une banale balade du dimanche.
Et bien qu’en hiver la campagne ait l’allure d’un désert absolu, la belle saison reste la plus opportune pour découvrir dans l’enchevêtrement des haies, des bâtisses empourprées de glycines, et des jardins sauvageons où se réinvente la poésie aquarellée des roses*.
Une fugueuse mélancolie, m’exile parfois dans mes souvenirs d’évasions champêtres à bicyclette.
Je ne résiste guère au charme désuet d’une ruelle pavée qui s’effiloche entre coins d’ombre et bordures d’hortensias aux théâtrales fleurs en pompon.
Je suis tiraillée entre ici et ailleurs…
Ma dernière halte contemplative, et non des moindres : les cimetières ruraux.
N’y voyez nulle morosité, bien au contraire ; les épitaphes ensevelies sous les lierres ont tant à me raconter…
« D’ici et d’ailleurs… » MOINE Corinne
Le bonheur est dans la rose…
Rose d’un autre temps — Chanaz Savoie —
La vieille fontaine murmure mille confidences…
Bec de fontaine de style gothique datant de 1844 — Songieu Ain—
👉 Gargouille-du latin garg signifiant gorge
Parure éternelle des lieux délaissés…
Le lierre symbolise l’attachement persistant et la vie éternelle — Songieu Ain—
Je suis parti aux oubliettes, détrôné par la sonnette !
Authentique heurtoir — Songieu Ain—
Pommeau funéraire défiant l’oubli…
Cimetière de Songieu — Ain —
Sous ces feuilles vernissées palpite un mauve éclatant…
Fleur de glycine — Chanaz Savoie —
Envoûtante étreinte…
Les clématites sont les messagères de l’amour — Chanaz Savoie —
Bleu éteint, indifférent au temps qui passe,…
Maison de campagne — Chaumont Haute-Savoie —
Bien souvent je revois sous mes paupières closes,
La nuit, mon vieux Moulins bâti de briques roses,
Les cours tout embaumés par la fleur du tilleul,
Ce vieux pont de granit bâti par mon aïeul,
Nos fontaines, les champs, les bois, les chères tombes,
Le ciel de mon enfance où volent des colombes…
Extrait : Bien souvent je revois…
Théodore de Banville, septembre 1841
Belle balade poétique…
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Ouvrez, ouvrez la cage aux oiseaux….
Dans mes souvenirs d’enfant, valsent les grelots silencieux des campanules et le port altier des roses trémières…
Aussi loin que je me rappelle, les saules pleuraient le long des ruisseaux, des liserons aux trompettes triomphantes habillaient les murailles des cimetières !
Au printemps à l’horizon des villages, l’hirondelle faisait toujours le printemps. Les flonflons des kermesses se mêlaient aux feux de la Saint-Jean et les premiers jours de mai glorifiaient la procession des communiants. Sous la majesté des platanes, les fontaines me chuchotaient des légendes étranges léguées par les anciens.
Aussi loin que je me rappelle, sur les masures rampaient des glycines aux grappes éclatantes et la vigne vierge s’enchâssait dans la pierre. Juin s’embellissait d’hortensias aux pompons extravagants et le triste novembre s’éclairait des collerettes d’or des chrysanthèmes.
Aussi loin que je me rappelle, pommiers et cognassiers ondulaient au verger dans la fraîcheur odorante de la menthe sauvage. Qu’il était bon de s’étourdir de cette rosée matinale, empreinte de l’amertume des pommes reinette et des quetsches savoureuses ! Rhubarbe et groseilles à maquereaux s’affalaient au jardin parmi les œillets de poète, les soucis et d’imposantes citrouilles.
De ce fouillis touffu émergeaient orties hirsutes et ronces traîtresses, mes mollets d’aventurière partie à l’assaut des fruits exquis n’y ont jamais résisté !
Aussi loin que je me rappelle, les pluies tièdes d’été regorgeaient d’indicibles parfums. Sous les lumières moites d’août, les gerbes de blé tapissaient les vallons et les chars de foin dodelinaient sur les terres jusqu’à la nuit tombée. On se couronnait de bleuets et de coquelicots pour sceller la fin des moissons, comme sous le ciel d’antan, quand les moulins battaient leurs voiles de géants dans la course du vent.
L’appel de l’angélus courait à travers champs, entre jours heureux et mauvais jours, entre allégresse et tristesse. La flèche en ardoise du clocher suffisait à émerveiller mes yeux, des émotions envolées comme les fumerolles de cet encens mystique embaumant ma robe blanche des dimanches de prêches.
Sur les sentiers aux broussailles ébouriffées, lorsqu’une lueur enfantine m’accompagne, alors oui je vous l’avoue du fond du cœur, je me moque éperdument des choses d’aujourd’hui !
« Aussi loin que je me rappelle… » MOINE Corinne
Rédaction/Moine Corinne
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Qu’ils étaient doux ces jours de mon enfance
Où toujours gai, sans soucis, sans chagrin,
je coulais ma douce existence,
Sans songer au lendemain…
Gérard de Nerval
(1808/1858)
*Les textes sont l’entière propriété intellectuelle de la rédactrice.
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